MÉTHODE


MÉTHODE
MÉTHODE

Le mot «méthode», d’origine grecque, signifie chemin: celui, tracé à l’avance, qui conduit à un résultat. La méthode ou bien se rapporte à la meilleure façon de conduire un raisonnement, ou bien est un programme de recherche (Aristote: Essayer d’expliquer les causes, celles des propriétés communes autant que celles des propriétés particulières ). En la première acception, elle comprend la logique sans s’y confondre. Le Vocabulaire de Lalande signale que le mot figure dans Platon et dans Aristote avec le sens de doctrine ou de connaissance: rencontre suggestive quand on sait qu’en mathématiques il y a réciprocité entre théories et méthodes.

Une méthode répond d’abord à une question pratique: comment faire, quoi entreprendre, afin d’atteindre un but donné. Le domaine du savoir n’est pas exclusif du faire; nous avons besoin de sortir de nous-même pour nous assurer de la justesse de nos idées et recueillir de l’information. Cette composante d’action, que comporte la connaissance, c’est ce que nous appelons expérience. L’expérience n’est jamais entièrement passive. Systématiquement provoquée, elle s’appelle expérimentation. La méthode apparaît avec l’exercice de la volonté qui dirige: «L’expérience méthodique de l’homme commence à l’instant où il fixe son attention et la dirige à un but qu’il détermine lui-même» (C. Renouvier). Cela étant, la méthode combine deux éléments, pratique et théorique, ou deux composantes, l’observation, seule ou aidée de l’expérimentation, d’une part, et le système ou l’explication d’une autre part. Descartes explique plutôt qu’il n’observe; C. Bernard, Pasteur interrogent la nature plutôt qu’ils ne l’expliquent. E. Mach distingue les deux mêmes éléments, qu’il appelle l’adaptation des représentations aux faits et l’adaptation des représentations entre elles. Elles se complètent spontanément, sans aller, dans les circonstances ordinaires, au-delà de ce que demandent les nécessités biologiques. La recherche scientifique commence quand on poursuit ces deux processus intentionnellement. L’adaptation des pensées aux faits constitue l’observation; l’adaptation des pensées entre elles, la théorie. Pour les premiers degrés d’adaptation (des pensées aux faits ou des pensées entre elles), percevoir ou combiner des impressions suffit; ensuite, on expérimente ou bien on considère des classes de faits dont on abstrait des caractéristiques.

Considérations historiques

Ce n’est pas un hasard que l’invention et les premiers développements de l’algèbre coïncident avec le renouveau de l’idée de méthode: à l’origine, l’algèbre se présente comme un système de règles opératoires qui prescrivent comment transformer des symboles indépendamment de leur interprétation. Elle possède donc le caractère essentiel d’une méthode, pouvoir s’appliquer à un nombre indéfini de situations formellement semblables. En principe, ses lettres figurent pour des nombres quelconques, mais l’algèbre peut donner l’idée d’une méthode qui porterait sur la combinaison de concepts.

On peut aussi avoir à combiner des faits. Observation et expérimentation existaient dans l’Antiquité: Aristote a pratiqué la première autant que le permettaient les conditions techniques. La méthode dont il donne un exposé canonique («Organon») est une logique de certains types de raisonnement déductif (syllogistique). Lui-même ne l’utilise jamais d’une façon explicite dans ses œuvres scientifiques. La logique vient à bon droit au premier rang des méthodes, puisqu’elle est valable quelle que soit la réalité à décrire; seulement, comme nous l’apprenons en même temps que le bon usage de la syntaxe de la langue naturelle, l’application en est ensuite aisée et inconsciente. «Elle ne détermine pas l’intelligibilité que présentent les choses réelles» (E. Boutroux), et ses règles sont dépourvues d’intérêt. Des astronomes anciens ont manié l’induction sans se préoccuper de ses règles éventuelles, et de toute façon, en science comme dans la vie pratique, l’induction, en tant qu’inférence qui va au-delà du donné, est de plus grand usage que la déduction.

L’expérimentation, qu’on appelle aussi l’expérience méthodique, est apparue dans les écoles de médecine d’Alexandrie. À la Renaissance, la création d’une science quantitative du mouvement (la mécanique de Galilée), en liaison avec l’expérience dirigée, est contemporaine d’une effervescence intellectuelle qui se marque par la redécouverte des littératures grecque et latine, les courants mystiques et occultistes (Paracelse), le matérialisme romantique de G. Bruno, la critique des institutions et les utopies politiques (Campanella, T. More)... Dans cette époque d’anarchie intellectuelle, où le besoin d’un ordre est d’autant plus ressenti, François Bacon et Descartes, inquiets d’éviter, pour le nouveau savoir, le sort de la scolastique, désirent le confier à une méthode. Ils sont aussi impressionnés par la masse d’inductions fausses, d’analogies fourvoyantes, d’explications verbales, qu’on trouve dans les scolastiques et jusque dans Aristote. Comment reconnaître le vrai du faux? Qu’une bonne méthode devrait protéger des risques d’erreur et sinon procurer la certitude absolue, du moins exclure les illusions les plus grossières. Qu’une science n’est pas seulement un assemblage de découvertes disparates – elle doit être un moyen de découvrir. Jusqu’alors, les découvertes, pensent-ils, ont résulté du hasard et de l’empirisme, lesquels composent «l’expérience vague». Que le but de l’homme est le pouvoir sur la nature; pouvoir et savoir ne font qu’un, ou plutôt le second est l’instrument du premier. Quels sont les moyens du savoir? La logique déductive, enveloppée dans la déchéance de la scolastique, est jugée inappropriée. D’ailleurs, elle sert au contrôle plutôt qu’à l’invention. Il faut un instrument plus puissant. Le procédé par lequel le savoir peut s’étendre est l’induction, qui marche du particulier au général: «L’art de la méthode comprend deux parties, car la méthode procède d’expérience en expérience, ou d’expériences vers des axiomes, qui peuvent à nouveau engendrer de nouvelles expériences. Nous appelons la première expérience savante, la seconde, interprétation de la nature [...]. Quand l’homme essaie toute sorte d’expériences sans méthode ni ordre, il tâtonne dans l’obscurité; mais, quand il procède avec une certaine direction et ordre, c’est comme s’il était guidé par la main; et c’est cela que nous appelons expérience savante.» Bacon ignore le moine Roger Bacon (XIIIe s.), dont il reprend les thèses: le savoir a deux sources, le raisonnement et l’expérience.

Galilée passe pour l’inventeur de la méthode expérimentale. Il utilise l’hypothèse et le raisonnement (expérience de pensée). L’expérience tantôt intervient pour confirmer des déductions à partir des principes supposés (vérifier l’adaptation des pensées aux faits), tantôt précède l’hypothèse, et Galilée cherche des principes capables de déduire les faits observés (adaptation des pensées entre elles). Exemple de la seconde: la variation imaginaire, qui consiste à considérer le mouvement de chute uniformément accéléré, puis des mouvements ralentis le long de plans plus ou moins inclinés. Le mouvement dans un plan horizontal apparaît au bout du compte comme un mouvement uniformément accéléré ou ralenti avec une accélération nulle: c’est le mouvement d’inertie. Descartes adopte les maximes pratiques de Bacon (méfiance des opinions reçues, nécessité de se mettre directement en face des choses). Blâmant Aristote de n’avoir pas assez observé, il observe encore moins; il ne cherche pas la vérité dans l’expérience; là-dessus, il ne partage pas les partis pris antidéductifs de Bacon, étrangers à sa mentalité théoricienne; il abuse de l’a-priori et introduit des hypothèses qui doivent plus à l’imagination qu’à la raison. Ce qu’il critique surtout dans les Anciens et les scolastiques, c’est le choix défectueux de leurs principes plutôt que les carences de leurs méthodes empiriques. Il lui suffit d’avoir «une idée claire et distincte», il lui paraît évident que la réalité ne saurait que s’y plier, les vérifications sont inutiles. À suivre H. Bouasse (cité en bibliographie), Descartes aurait eu raison dans le principe, car l’ambition de la physique est de déduire la réalité mathématiquement: «Ce qui fait l’originalité de la méthode en physique, c’est l’importance qu’y prend le raisonnement déductif [...]. La physique cherche à reconstruire le monde, à le déduire par voie purement syllogistique d’un principe général une fois admis.» Descartes aurait simplement fait un usage incorrect d’une méthode correcte. Où il a été plus heureux, c’est dans l’application de l’algèbre à la représentation des propriétés géométriques. Réputé pour le père de la méthode, il s’exprime avec mépris sur le compte des procédés formels qui permettent de parler sans jugement de ce qu’on ignore: la méthode est nulle quand elle n’a pas pour contenu des idées claires et distinctes.

Les méthodes de Bacon et de Descartes n’ont pas inspiré de grandes découvertes; Galilée et Newton ont réalisé une œuvre importante pour s’être attaqués à des problèmes limités, au lieu que les «méthodes» de Bacon et de Descartes sont trop générales et trop vagues pour être d’aucune utilité. Malebranche reconnaît la trivialité des règles méthodologiques cartésiennes: «Il ne faut pas s’attendre ici d’avoir quelque chose de fort extraordinaire, qui surprenne ou qui applique beaucoup l’esprit [...]. Les règles sont naturelles et on peut se les rendre si familières qu’il ne sera point indispensable d’y penser beaucoup dans le temps qu’on s’en voudra servir.» Cinquante ans plus tard, Buffon note avec désabusement que les philosophes qui ont senti la nécessité d’une méthode pour conduire l’esprit, guider le raisonnement, l’empêcher de s’égarer, et qui ont voulu en tracer les délinéaments, n’ont laissé qu’une autobiographie intellectuelle, quelques exemples épars, et des vues hasardées.

Au XVIIe siècle, des expérimentateurs résument leurs principes. Mariotte écrit: «Si, une chose étant donnée, s’ensuit un effet; et, ne l’étant point, l’effet ne se fait pas, toute autre chose étant posée: ou si, en l’ôtant, l’effet cesse; et étant toute autre chose, l’effet ne cesse point – cette chose-là est nécessaire à cet effet et en est cause.» L’auteur ajoute qu’il faut préférer celle des hypothèses qui rend compte du plus grand nombre de phénomènes, et qu’une seule expérience contraire suffit à réfuter une conjecture.

De Newton, on retient «je ne feins pas d’hypothèses», comprenons: je ne fais pas d’hypothèses fictives, à la manière des astronomes. Newton marque la différence entre ses hypothèses, qui résultent de l’analyse des conditions des phénomènes, et les imaginations gratuites des cartésiens. Lui-même fait des suppositions sur la gravité, la lumière, etc. À la différence des hypothèses qui «sauvent les apparences», étant à la base de calculs qui permettent de retrouver ces apparences, les hypothèses de Newton sont réalistes. On comprend parfois Newton autrement; il aurait procédé par généralisations inductives. L’autorité de Laplace renforce cette interprétation, mais on n’a pas fait attention que le géomètre français entend par induction une sorte d’instinct dans le discernement du vrai.

Au XVIIIe siècle, une conjoncture intellectuelle analogue à celle de Bacon-Descartes tend à se produire: à l’esprit de système, qui est spéculatif, on oppose l’esprit de méthode, qui est pratique et efficace; mais cette fois Descartes tombe du mauvais côté: il est taxé à son tour d’esprit de système. On trouve sous la plume des savants de ce temps-là les premières descriptions de ce qu’on appelle méthode scientifique ou expérimentale. Les médecins hollandais (Boerhaave, Musschenbroeke et al.) répandent sur le continent des idées sur l’induction, qu’ils croient trouver dans Newton. Le Suisse J. G. von Zimmermann distingue observation et expérience: «Une expérience diffère d’une simple observation, en ce que la connaissance qu’une observation nous procure semble se présenter d’elle-même; au lieu que celle que l’expérience nous fournit est le fruit de quelques tentatives que l’on fait dans le dessein de voir si une chose est ou n’est point [...]. L’observateur écoute la nature; celui qui expérimente l’interroge.» On expérimente en variant les conditions ou en en créant d’artificielles, afin de recueillir des observations. Priestley souligne le rôle de l’hypothèse et introduit le schéma bayésien de la convergence vers le vrai par approximations successives: conjecture, expérience, amélioration de la conjecture. «Il n’est nullement nécessaire d’avoir a priori des vues exactes et une hypothèse vraie pour faire de réelles découvertes. Des théories même imparfaites suffisent à suggérer des expériences, qui viennent corriger leurs imperfections et donnent naissance à d’autres théories plus parfaites. Celles-ci conduisent à d’autres expériences, qui nous rapprochent encore de la vérité, et, dans cette méthode d’approximation, nous devons nous estimer heureux si nous faisons peu à peu de réels progrès.» Les quelques idées directrices de la méthodologie falsificationiste et faillibilisationiste, dont on fait si grand bruit, sont donc assez anciennes.

Au XIXe siècle, Comte prône les méthodes inductives. Les sciences de la nature se donnent pour but de trouver les lois des phénomènes. Elles procèdent par voie d’expérimentation et d’induction, entendons que, au lieu d’imaginer a priori des explications globales, on veut rester près des faits et soumettre les hypothèses à leur contrôle. C. Bernard formule des règles de la méthode expérimentale appliquée à la physiologie. Ses considérations tournent sur les rôles respectifs des préalables abstraits et des données factuelles. En apparence, le problème est simple. Pour accroître son savoir, il faut poser des questions à la nature. On ne pose pas n’importe quelle question. L’idée doit donc précéder l’expérience. C. Bernard, suivant l’occasion, insiste tantôt sur l’élément d’invention (l’apport de l’idée), tantôt sur l’élément d’observation (l’importance du fait).

Les conceptions de W. Whewell sont à l’opposé de celles de Comte et des empiristes. Selon lui, la science commence par la description (observer, mesurer); l’étape suivante est l’établissement de lois par induction, c’est-à-dire par hypothèse: il faut deviner les bons paramètres et la forme appropriée des dépendances fonctionnelles. La recherche des causes commencera, une fois acquise la connaissance des lois; elle procède par hypothèses explicatives. D’un bout à l’autre, de la recherche de la loi qui décrit à la théorie qui explique, l’hypothèse est une conjecture plutôt qu’une inférence ou une généralisation de logicien. Du point de vue positiviste, l’étape causale n’a pas de raison d’être puisque les explications causales sont inutiles à prédire. Whewell est d’un autre avis; il croit que la science comporte, ou doit comporter, un élément d’intelligibilité, une valeur spéculative. Il étaye son point de vue sur des arguments tirés de l’histoire des sciences; il voit que les adversaires des vertus, des forces vitales, des fluides ou des tourbillons recourent à des postulats non moins gratuits et insuffisants, dont ils font un usage incorrect (mécanisme en biologie, etc.). La difficulté, en recherche des causes, d’éviter de se fourvoyer dans la création d’entités chimériques ne lui échappe point.

Vers 1900, sous l’influence du positivisme et de l’idéalisme, les épistémologues (P. Duhem, E. Le Roy) distinguent entre fait brut et fait scientifique: le second possède une charge théorique. Brunschvicg et Bachelard grandissent la contribution de l’esprit. Nos contemporains tournent cet idéalisme en pessimisme: des faits ne peuvent pas départager ni réfuter des théories dont ils tiennent leur sens. Chaque théorie a ses propres faits. Quand on pousse ces demi-vérités jusqu’à leurs ultimes conséquences, il en résulte qu’il n’existe ni langage commun ni consensus. L’incommensurabilité des paradigmes est un risque impliqué par la dépréciation du sensible.

Qu’est-ce que la méthode?

L’idée ou le but d’une méthode est de permettre de dériver des résultats de même forme à partir de propriétés communes. Dans l’acception la plus stricte, une méthode est un algorithme défini préalablement aux questions d’une classe donnée, et qui, à toute question de la classe, fournit, au bout d’un nombre fini d’étapes, une solution soit par une réponse affirmative ou négative, soit par le calcul d’une valeur numérique. Quand Descartes et Leibniz parlent de méthode pour un domaine de la connaissance, ils envisagent la possibilité de construire un calcul, puis de réduire le domaine de connaissance considéré à un modèle des opérations de ce calcul. Descartes traite le cas de la géométrie et de l’algèbre. Moyennant le dictionnaire des coordonnées, on traduit un problème géométrique en un problème d’algèbre; on bénéficie alors de la sûreté mécanique des opérations algébriques. La méthode de Descartes, au sens le plus étroit, consiste dans l’invention d’un moyen de passage automatique de la géométrie à l’algèbre ou au calcul. La méthode de Hamilton procède selon le même schéma, qui aboutit à la création d’une nouvelle structure de nombres (les quaternions).

Un autre exemple de réduction est celui d’un problème logique à un problème d’algèbre (calcul booléen). Chacune des prémisses d’un syllogisme étant représentée par une équation, la conclusion correcte, si le syllogisme en comporte une, s’obtient en éliminant une inconnue entre deux équations.

Les méthodes algorithmiques apparaissent avec le maximum de pureté en logique et dans certaines théories d’algèbre ou d’arithmétique élémentaire. L’idéal de la méthode est le programme d’ordinateur ou la suite d’instructions codées, qui indique quelle opération effectuer en chaque circonstance susceptible de se présenter. De Descartes jusqu’au XXe siècle, on a rêvé d’une «méthode universelle», et le nom de Leibniz y est demeuré attaché (lingua caracterica universalis ). Les logisticiens ont répandu la croyance que la logique symbolique issue de Frege fournirait une méthode permettant de résoudre tous les problèmes des mathématiques. Dans les années 1930 apparurent de divers côtés des démonstrations d’insolubilité par algorithme pour diverses classes de problèmes. Ces théorèmes, dits de limitation ou d’indécidabilité, ont réduit sensiblement la portée de ce qu’on peut espérer des méthodes mécaniques.

Différentes méthodes pour différentes sciences?

Peut-on classer les sciences d’après leurs méthodes? Ou bien d’après leur manière d’utiliser leurs méthodes? La méthode représente-t-elle la même chose pour toutes les sciences? Généralement, «méthode» a un sens vague, et la méthodologie n’est pas préceptive: comment prescrirait-on aux scientifiques ce qu’ils devraient faire, quand on n’est pas d’accord sur ce qu’ils font? On s’accorde à dire qu’il existe des méthodes – pour des problèmes limités, locaux –, des méthodes spéciales. La méthode, en général, est une chimère.

On caractérise quelquefois la méthode des mathématiques de démonstrative, particularité qui tient à ce que cette discipline porte sur des formes dégagées des faits qui ont pu les suggérer. Les idées, épurées de manière à devenir des formes, se prêtent à l’application de règles strictes (formalisation). Ainsi la «méthode» des mathématiques est logique. Ce n’est pas l’essentiel. Attendu que les formes sont susceptibles d’une pluralité de réalisations, des liaisons en résultent entre les théories. De là d’autres aspects de la «méthode» en mathématiques. Elles comportent des méthodes à deux niveaux. Au niveau supérieur, on dit indifféremment théorie ou méthode, selon qu’on pense plus ou moins aux problèmes d’où sont nées les théories. Une méthode d’attaque de tel ou tel problème (par exemple la méthode du repère mobile de Darboux-Ribaucour) peut s’épanouir en une théorie qui déborde le domaine pour lequel elle a été introduite (en l’espèce la théorie des surfaces en géométrie différentielle classique). En mathématiques, les problèmes en vue de quoi théories ou méthodes sont inventées ne sont pas de ceux qui se résolvent par des routines de calcul mécanique. Citons à titre d’exemple la conjecture de Poincaré, non encore résolue: une variété compacte de dimension trois, simplement connexe et orientable, est-elle nécessairement homéomorphe à la sphère S3?

De plus, il arrive que les principaux résultats de ce qui sera systématisé en une théorie précèdent cette systématisation. Alors l’élément de méthode consiste à trouver le fil qui relie des énoncés disparates: ainsi les mathématiciens du XIXe siècle ont-ils mis de l’ordre dans les découvertes effectuées par ceux du siècle précédent. La «méthode axiomatique», ou plus modestement l’axiomatisation, consiste à chercher un petit nombre de propositions d’où il soit possible de déduire la totalité présumée des théorèmes obtenus sur un sujet donné. On groupe aussi en axiomes les propriétés fondamentales de telles ou telles classes d’entités (structures), les caractères d’un type d’objet ou d’un concept (déterminant, fonction holomorphe...). Il en résulte davantage de clarté et de sûreté, ainsi qu’une meilleure compréhension. L’algèbre linéaire, la théorie des équations aux dérivées partielles du premier ordre, la mécanique analytique (méthode géométrique pour les problèmes de la mécanique, notamment céleste) peuvent indifféremment passer pour des théories ou pour des méthodes. À un niveau inférieur, des théorèmes dits constructifs donnent un procédé de calcul d’une valeur (racine d’une équation, valeur d’une intégrale définie, etc.). D’une démonstration il est parfois possible d’extraire une recette. Dans des situations simples (équations linéaires, sommation de séries géométriques convergentes, intégration de certains types d’équations différentielles, etc.), on dispose de procédés de calcul qui conduisent au but les yeux fermés. (Ailleurs, par exemple pour les équations aux dérivées partielles du second ordre, on n’a pas de méthode générale, mais seulement des procédés particuliers.) Les mathématiciens ne font pas d’emploi pratique de leurs méthodes: ils laissent cela aux utilisateurs (physiciens, ingénieurs, etc.), qui en extraient des «formules». Quant à eux, ils essaient d’exporter leurs théories dans d’autres théories, et voilà pourquoi ces théories peuvent se présenter comme des méthodes. L’équivalence des théories et des méthodes rend difficile de distinguer, à l’intérieur des mathématiques, des branches ou des sujets.

Les sciences empiriques (physique, biologie, etc.), dont les objets peuvent en principe être donnés dans l’expérience (soit naturelle soit provoquée), diffèrent des mathématiques en ce que les lois y sont cachées dans les faits, tandis qu’en mathématiques les faits sont donnés avec les lois et s’appellent théorèmes. (Cela vaut indépendamment de ce que, dans les sciences empiriques, des théories ou des relations confirmées sont mises au rang de faits: la trajectoire elliptique de Mars, théorie pour Kepler, est un fait pour Newton, etc.). Il est plus difficile de se mettre d’accord sur ce qu’est la méthode dans les sciences empiriques, voire sur l’existence même de règles ou de procédés qui méritent ce nom. La ou les méthodes, s’il en existe, sont extérieures à la discipline elle-même ou du moins la surplombent. Par exemple, les règles de la critique historique ne sont pas dans les œuvres des historiens ou des philologues, elles les guident seulement dans leur travail. La méthode devrait comporter des directives concernant l’établissement des faits, la programmation de plans d’expériences, la découverte des lois, enfin la déduction des lois à partir d’un petit nombre de principes ou d’axiomes qui constituent le noyau d’une théorie.

L’hypothèse et l’expérience mentale

Les analyses des épistémologues depuis C. Bernard sont centrées autour de la méthode expérimentale et la discussion roule sur les rôles respectifs de l’hypothèse ou de l’invention et de l’expérience. Lequel est premier, le fait ou l’idée? Peut-on se passer d’hypothèse? L’hypothèse procède de notre tendance spéculative, du besoin de compléter mentalement les apparences ou les observations. Elle est suspecte à ce titre, c’est-à-dire comme expérience mentale ou imaginaire. Il est équitable de reconnaître que ce qui a été deviné correctement peut s’y mêler au faux, et que d’ailleurs plusieurs constructions mentales peuvent être indispensables avant de découvrir celle qui s’accorde avec l’ordre de la nature. Néanmoins, «la facilité à forger des hypothèses est si loin d’être un défaut dans le caractère intellectuel d’un savant qu’elle est, en vérité, une faculté nécessaire à son travail de découverte. Il vaut beaucoup mieux pour son dessein qu’il soit trop prompt à imaginer et trop empressé à développer des systèmes paraissant susceptibles d’introduire la loi et l’ordre dans une masse de faits incohérents, que de se trouver à court d’inventions et sans espoir d’obtenir un tel résultat» (Whewell).

L’hypothèse, en tant que liée à l’expérimentation mentale, a été très lucidement analysée par Mach (cité en bibliographie). La conjecture scientifique suppose des représentations des phénomènes et une disposition à les combiner. «Nous avons nos représentations sous la main plus facilement que les faits eux-mêmes, et nous expérimentons avec les pensées à moindres frais.» L’expérimentation mentale peut servir à écarter une hypothèse en en montrant les conséquences absurdes; en faisant varier mentalement les circonstances, elle s’utilise à isoler les causes ou les caractères essentiels d’un phénomène («méthode des variations continues», dont la géométrie utilise une variante: cf. les notions d’homotopie, de transversalité, etc.). C’est par cette voie que Galilée a découvert l’effet d’échelle: la taille des animaux et des végétaux a des limites; si leurs dimensions s’agrandissaient dans toutes les directions en laissant la figure inchangée, la solidité des os ne s’accroissant pas suivant les mêmes proportions, ils s’effondreraient par leur propre poids. L’expérience mentale permet d’anticiper qualitativement les résultats d’expériences, la valeur précise ne pouvant être déterminée que par l’expérimentation physique. En plus, l’expérience imaginaire prépare l’expérience physique, puisque l’expérimentateur doit voir en imagination l’arrangement matériel dont il a besoin pour vérifier sa conjecture; enfin, une expérience mentale, dont la conclusion paraît incertaine, pousse à l’expérience physique. Sur ces sujets, on a coutume de citer Galilée comme une illustration exemplaire. Mach donne des cas plus récents. On pourrait aussi mentionner Einstein, dont le principe d’équivalence, base de la relativité générale, est issu d’une expérience de pensée (dans un ascenseur en chute libre, une personne n’éprouve plus la sensation de pesanteur: on n’a réalisé des conditions, où la gravité s’annule, que plus tard, quand on a su placer un vaisseau spatial en orbite autour de la Terre).

L’expérimentation mentale intervient aussi en mathématiques. «Tous ceux qui ont cherché à intégrer des équations reconnaîtront qu’une expérience mentale précède la solution définitive. La méthode des coefficients indéterminés, si féconde et historiquement si importante, est, à proprement parler, une méthode expérimentale.» Mach fait encore remarquer que les méthodes de l’expérimentation physique et de l’expérimentation mentale ont pris leur origine en géométrie, d’où elles sont passées aux autres sciences.

L’hypothèse est donc indispensable afin de chercher les faits significatifs et de les coordonner. Expérimenter implique que l’on considère à part certains phénomènes – c’est une abstraction physique – et qu’on anticipe sur ce que les faits révéleront. On interroge la nature: cela ne se peut que sous l’initiative d’une idée. L’un des rôles de l’hypothèse est de préparer l’expérience systématique. Un autre, celui de marque place pour une loi à vérifier. Cela a été souligné par C. Bernard à propos de la physiologie, et par Mach à l’aide de brèves analyses de cas empruntés à l’histoire de la physique.

Même fausse, l’hypothèse ouvre la voie à la relation correcte. En effet, à regarder la découverte rétrospectivement, l’hypothèse fait figure de loi provisoire, en attente d’une vérification qui peut exiger du temps, car l’état de la technologie ne permet pas forcément de procéder aux expériences appropriées. (La relativité générale n’a guère reçu de confirmation que depuis le développement de l’astrophysique: il a fallu attendre une cinquantaine d’années.) Donc, il y aurait plusieurs sortes d’hypothèses: celles qui sont décidables quasi immédiatement, et celles qui ne se laissent vérifier ou réfuter qu’à long terme. Les premières sont les hypothèses expérimentales, celle de Dalton sur la loi des proportions définies, celles de Lavoisier sur la composition de l’eau, la constitution chimique de l’air, etc. Les secondes sont des hypothèses explicatives, qui se prêtent à l’argumentation, plutôt qu’aux critères de l’expérience. Elles supposent soit la vérité d’un ensemble de relations, soit l’existence d’entités (atomes, éther, tourbillons, ondes gravitationnelles, etc.), supports d’actions causales (rayonnement, forces attractives et répulsives, etc.). Ce sont les hypothèses durables, par exemple, concernant la lumière, la théorie des ondes et celle de l’émission.

Cela étant, il y aurait quelque apparence à assigner l’hypothèse à la libre imagination et la conduite des procédures expérimentales à la méthode. Il s’en faut beaucoup que l’unanimité là-dessus soit réalisée, et les auteurs identifient parfois hypothèse, esprit de système, et méthode. On dit «méthode» alors que parler d’hypothèse ou de principe serait plus correct. Ainsi la «méthode des corrélations», par laquelle Cuvier reconstitue des squelettes d’animaux à partir de la structure de quelques fragments, consiste à utiliser une hypothèse à coups répétés. Parmi les expérimentateurs, les uns estiment que les chercheurs n’ont rien à gagner à se faire une «méthode». Leur point de vue est celui de la pratique, ils pensent qu’il n’y a pas de bonne ni de mauvaise méthode, mais seulement de bons et de mauvais artisans. D’autres estiment que la méthode est essentielle, et ils l’opposeraient à l’esprit de système et à l’hypothèse, regardés comme «spéculatifs». «Ce sont les méthodes qui inventent, comme ce sont les télescopes qui découvrent.» En face, les savants de mentalité théoricienne sont généralement sceptiques sur la méthode. Ils y voient un ramas de consignes de bons sens, trop imprécises pour servir utilement. La plupart des mathématiciens estiment qu’une méthode, au sens plein du mot, c’est-à-dire qui se substitue à la pensée et la rend inutile, n’est possible que dans les cas triviaux ou inintéressants. Poincaré, se moquant de la logistique, évoque les placements de père de famille, qui sont sûrs et ne rapportent que des dividendes négligeables. Poincaré, Hadamard s’intéressent de préférence à la psychologie de l’invention. L’idée qu’une entité artificielle – la prétendue méthode – s’interposerait entre l’intelligence et son objet a quelque chose qui leur répugne. Ils soutiendraient volontiers que la méthode expérimentale est un mythe des épistémologues (et peut-être des savants: cf. bibl., R. Thom, in J. Hamburger dir.). Bacon appelait de ses vœux un «organon» grâce auquel un boiteux pût arriver au but aussi vite qu’un sportif. Un sportif n’en a pas besoin.

En fait, «méthode» n’évoque pas le même contenu pour tout le monde, et il est difficile de s’entendre quand on emploie un mot identique pour des choses différentes. Le sens de l’expression «méthode expérimentale» est mal fixé: elle désigne d’abord l’art de procéder inductivement à partir de faits constatés ou provoqués. Mais comment doit s’entendre l’induction? Consiste-t-elle en un passage du particulier au général, comme l’indiquent les logiciens de Port-Royal? Équivaut-elle à la connaissance par expérience, comme le suggère Leibniz? Est-elle une source d’axiomes ou d’hypothèses, en soi extérieure à la science faite elle-même de définitions et de démonstrations exclusivement, comme le pense Aristote? Consistet-elle à inventer, comme le croit Whewell, ou à prouver, comme le croient J. S. Mill et les empiristes? Une analyse grossière des procédés scientifiques suffit à révéler que la méthode doit surtout concerner la preuve. La preuve procède soit a priori, par les mathématiques ou par la logique, soit a posteriori, par les faits. Elle est soumise à des contraintes, l’invention est libre. On objecte qu’en mathématiques on invente des preuves, mais précisément ce qui y est recevable à ce titre est déterminé par le consensus des mathématiciens. On conçoit que dans les sciences expérimentales, où la preuve est représentée par l’expérience, celle-ci soit soumise à des règles. Certains diront qu’en ce cas parler de techniques, de savoir-faire, voire de bricolage, serait plus approprié. Dans le contexte actuel de conformisme scientiste et d’aplatissement devant la science expérimentale, ce genre de propos risque de passer pour une impertinence.

L’hypothèse, l’induction et l’analogie

Une tradition empiriste, qui remonte à Bacon, donne l’hypothèse pour un produit d’observations répétées. On trouverait la loi en généralisant à partir de faits. Plutôt que comme une opération logique, mieux vaudrait regarder l’induction comme un acte d’invention: l’esprit s’arrête sur une des propriétés que l’expérience lui a suggérées et introduit une conception que ne contient aucun des faits observés. La conception induite ou l’hypothèse inductive est «surajoutée aux faits» (Whewell): l’intelligence voit la réalité sous un nouveau jour. L’induction une fois introduite n’est plus séparable des faits, et c’est ce qui nous trompe: elle a effacé ses propres traces.

L’induction est ordinairement prise à l’envers. Nous nous étonnons qu’elle nous conduise à découvrir des lois, des espèces, des genres... C’est parce qu’il y a, dans la nature, des lois, des espèces, des genres, que nous pouvons faire des inductions correctes. Cela étant, nous ne serons pas surpris que la recherche de règles de l’induction, semblables à celles de la logique déductive, ait été vaine. Nous ne connaissons pas de logique ni de système de règles universelles qui justifierait les bonnes inductions ou distinguerait les correctes des incorrectes, et il est probable qu’il n’y en a pas. Un argument rapide consiste à dire qu’il n’y a pas, pour l’induction, de procédure de preuve à partir des faits, parce que, d’une part, induire équivaut à inventer une conception nouvelle, qui, par définition, ne peut pas être dans les faits, et que, d’une autre part, contrairement à ce qu’enseigne Bacon, il n’existe pas de méthode d’invention ni de logique de la découverte. Les logiciens ont faussé l’induction en voulant la comprendre comme une preuve. L’induction n’est pas une preuve, étant une invention. La preuve de l’induction vient après l’induction. Une telle preuve pourra être de deux sortes: soit une déduction de l’hypothèse à partir d’une théorie plus forte, soit la concordance entre les descriptions de faits qui se déduisent de l’hypothèse et les faits observés. En particulier, la capacité d’une hypothèse d’expliquer ou de prédire des données différentes de celles en vue de quoi elle a été formée crée en sa faveur une grande présomption. Dans les cas de «consilience» des inductions, l’hypothèse s’ajuste d’elle-même à des cas nouveaux: ainsi lorsque la loi de gravité, qui doit expliquer la chute des corps à la surface de la Terre, explique aussi les trajectoires des planètes. À Mill, qui objecte que la consilience n’est pas un critère logique, Whewell répond: «Tant pis pour la logique.»

L’induction est le terme final d’une suite de pensées, une création qui s’effectue dans la pensée d’un sujet. L’analogie, de quelque manière qu’on la conçoive, est d’abord du côté de l’objet. (Un «raisonnement par analogie» est une induction qui s’appuie sur une ressemblance, et qui étend une propriété de couples d’êtres observés à des couples d’êtres inobservés; comme il relie des choses qui tombent sous des concepts différents, il n’a aucun statut logique ni ensembliste.) Plus ontologique que l’induction, l’analogie résulte de ce que des propriétés peuvent être indépendantes de leur substrat matériel. C’est ce qui a souvent lieu pour les formes. P. Stevens a recensé des formes (craquelures, écoulements, spirales, tourbillons, etc.) qui apparaissent dans des milieux naturels très différents: ce sont là des similitudes ou des similarités, c’est-à-dire des ressemblances de configuration. Mais l’analogie peut ne pas se livrer à l’observation ni à la perception. Le caractère abstrait de certaines analogies s’atteste par le fait que l’importance et l’utilité des analogies ont été d’abord remarquées et exploitées en mathématiques. Là leur existence devient souvent un moyen pour découvrir de nouvelles relations. En physique, c’est grâce à Maxwell que l’analogie est devenue «une méthode bien expliquée» (Mach). L’analogie entre la lumière et l’électro-magnétisme a été découverte non pas sur les phénomènes eux-mêmes (ce qui aurait été une similitude observable), mais sur les équations de propagation des ondes lumineuses et des ondes électromagnétiques (équations aux dérivées partielles du second ordre de type hyperbolique). Combinant les avantages de l’hypothèse et ceux du formalisme mathématique, Maxwell rend intuitive l’abstraction en évitant de prendre le fictif pour du réel. «Les conséquences psychiques de l’image sont des conséquences de faits.» La méthode de l’analogie de Maxwell est un exemple de plus du rôle du virtuel dans la science. On doit la mettre sur le même plan que l’expérimentation mentale et les principes de simplicité et de continuité.

Des techniques d’expérimentation?

Existe-t-il une méthode expérimentale? Méthode implique a priori, expérience a posteriori. Le théoricien déduit des propriétés à partir de lois hypothétiques. L’expérimentateur, ou celui qui procède expérimentalement, essaie de découvrir la loi ou la régularité cachée dans les faits donnés par les expériences qu’il provoque. Malheureusement, on ne connaît aucun art infaillible de monter des expériences significatives, où la nature répond par oui ou par non, et livre des «faits à grand rendement» (l’expression est de Poincaré). Il faut que la question soit judicieusement posée, et cela renvoie au rôle des hypothèses: nous ne disposons pas de méthode pour en inventer. Ensuite, l’expérience peut manquer à décider parce que la technique est insuffisante ou parce que le matériel n’est pas approprié, etc. «L’expérience qui répond par oui ou par non est rare et précieuse. C’est elle qu’il faut s’efforcer à provoquer. L’expérience cruciale qui, schématiquement, paraît chose simple est l’opération la plus délicate [...]. L’adéquation exacte de la technique à l’idée expérimentale, telle est la condition décisive de la réussite [...]. L’hypothèse de travail fructueuse consiste non seulement à poser un problème, mais encore et surtout à concevoir les moyens propres à le résoudre, à découvrir la technique qui permettra l’expérience cruciale» (E. Wolff, in recueil éd. F. Le Lionnais). L’expérience est indispensable quand on a à décider sur des questions auxquelles on ne sait pas répondre a priori. Quelle est l’efficacité d’un vaccin? Fumer est-il cause du cancer du poumon? Il faut «aller voir», examiner des cas, et interpréter les résultats.

De grands scientifiques déplorent l’ampleur du déchet de l’expérimentation. Dans certaines disciplines, telle la biologie, une masse de publications consiste en des rapports sur des corrélations dépourvues d’intérêt, ou à produire des tableaux de faits sans même une hypothèse de travail. Ces résultats risquent de s’accumuler sans profit pour la science, soit que l’avenir s’engage dans d’autres voies, soit que le progrès de la précision les périme rapidement. René Thom a pu parler du «torrent de futilités qui sort des laboratoires» (cf. bibl.). L’hypertrophie de la recherche expérimentale est une conséquence naturelle de placer l’accent sur les relations et les lois, comme l’ont préconisé Comte, Renouvier, Duhem, et toute la tradition positiviste et kantienne. S’il est vrai qu’on ne connaît les substances que par leurs actions (nous disons aujourd’hui leurs interactions), il n’y a qu’à multiplier les actions ou interactions. Par cette voie, on finira bien par mettre la main sur une loi. Comme le dit ironiquement Bouasse, on pourrait jouer de la clarinette aux plantes et noter leurs réactions: «En essayant toute espèce de combinaisons de causes, il est possible qu’on amène un effet nouveau; mais on risque aussi de perdre son temps.»

Il n’existe pas de méthode pour éviter les deux extrêmes des hypothèses vides et de l’expérimentation sans idées. En revanche, il existe des techniques locales liées à l’emploi d’appareils tels que microscopes, appareils à rayons X, accélérateurs linéaires, etc. Les opérations qu’on effectue dans les laboratoires sont trop particulières pour susciter la curiosité des non-professionnels. Que prouve au juste un résultat expérimental? Comment l’interprète-t-on? Confirme-t-il ou réfute-t-il l’hypothèse? Là-dessus, les épistémologues ont, la plupart, des vues simplistes, ils croient que tout est une affaire de lecture de cadrans. Cet aspect d’action et d’intervention de la science a pris un très grand développement. La conviction régnante, que quelques-uns tiennent pour fâcheuse et erronée, est que les phénomènes d’ordre perceptible, ou directement accessibles à nos sens, ont tous révélé leurs secrets, et qu’il n’y a plus de découverte à y faire. Pourtant, il arrive qu’une observation banale (par exemple sur l’annulation de la pesanteur dans un référentiel en chute libre) reçoive, moyennant une interprétation théorique ingénieuse, un sens profond et inattendu.

La méthode expérimentale s’apprend au laboratoire. C. Bernard remarque: «Cela ne servira jamais à rien de parler méthode expérimentale et expérimentation au coin de son feu, les pieds sur les chenêts; il faut agir et alors on a une idée juste de la chose.» C’est une pratique plutôt qu’une théorie. H. Le Chatelier y fait écho: «Dès que l’on travaille au laboratoire, on est assailli d’une multitude de problèmes et la seule difficulté est de faire parmi eux un choix judicieux», écrit-il. Cela ne l’empêche pas de croire à l’existence de règles précises, «qui constituent ce qu’on appelle la méthode scientifique».

La méthode expérimentale est surtout une méthode de preuve: il s’agit de contrôler des hypothèses au moyen d’expériences systématiques. Pour cela, il faut inventer des appareils et apprendre à les utiliser: ce sont les techniques évoquées plus haut. D’autre part, l’interprétation de l’expérience, surtout dans les sciences biologiques (médecine, etc.) requiert souvent l’emploi de moyens statistiques, appropriés aux cas où la nature ne répond pas franchement par oui ou par non. Ces moyens sont ce qui s’apparente le mieux à ce qu’on attendrait d’une méthodologie intellectuelle efficace (tests d’hypothèses, tests de signification, moindres carrés, corrélation, estimateurs du maximum de vraisemblance, etc.). Bizarre à dire: on a moins de méthode pour le certain que pour le probable.

Méthodes et philosophie

On a souvent noté que les disciplines les moins avancées ou les plus pauvres en grands résultats font le plus de place aux discussions méthodologiques. Elles se perdent dans les préalables. Le vrai est que la méthode ne précède pas la connaissance, elle la suit, on le voit sur l’exemple des mathématiques. Quand ils ont résolu un problème, les mathématiciens en tirent la leçon. La réussite suggère un principe de recherche, qui prend une autorité de méthode. «Celle-ci a été mise en œuvre dans l’investigation, mais elle n’était pas formulée avant d’être effectivement suivie. Loin d’avoir engendré la recherche, elle en a été le fruit» (A. Denjoy, in F. Le Lionnais dir.). Le dogme contraire – l’antériorité de la méthode par rapport à la recherche ou à la connaissance – est typique de l’idéalisme. En effet, si le principe de la connaissance de l’objet est l’objet lui-même (réalisme), il serait paradoxal qu’on sache comment on le connaît avant d’en avoir une connaissance. Si au contraire le principe de la connaissance de l’objet est la pensée ou la structure mentale du sujet connaissant (idéalisme), la méthode pourra posséder une consistance indépendamment de ce à quoi elle s’applique. Il ne sera pas déraisonnable de supposer qu’une méthode puisse légiférer pour les sciences en général et pour la philosophie (méthode cartésienne, rationalisme critique, «systèmes de l’examen», où les énoncés sur les choses sont dévolus aux sciences, et l’établissement d’«énoncés de méthode», entendons de critères de signification, assigné à la philosophie).

En métaphysique, on raisonne sur des concepts, ce qui exige qu’on accorde une grande attention à leur cohérence. Ainsi on devrait tenir compte que telles ou telles thèses soit s’impliquent, soit se contredisent (par exemple nécessité ou déterminisme sont incompatibles avec une doctrine de la transcendance: le contingent ne se laisse déduire que dans les systèmes panthéistes, ou de l’absolu et de l’infini suivant la terminologie de C. Renouvier). Une philosophie est un système, non pas la réunion de quelques thèses ingénieuses.

On pourrait distinguer une méthode réaliste et une méthode idéaliste. Selon la première, l’être est la condition du connaître; l’objet est cause de la connaissance. C’est ce que croit toute personne sensée, et que croyaient la plupart des scientifiques, avant la théorie des quanta. La méthode idéaliste consiste à chercher dans le sujet connaissant les conditions de la connaissance. De ce que tout est donné dans la pensée ou dans la représentation, les philosophes de cette école concluent que tout est donné par la pensée ou par la représentation. L’au-delà de la représentation étant supprimé, le contenu de la représentation accapare toute l’attention; il devient l’objet principal d’étude, qui prend le nom de critique de la connaissance. Un criticisme (ou une philosophie de l’examen) ne se confond pas avec une attitude précautionneuse dans le maniement logique des concepts et des jugements fournis par l’expérience intuitive (comme font les mathématiciens, quand ils définissent avec soin la notion de polyèdre); c’est une attitude de méfiance et de soupçon systématique à l’égard de ce qui vient de l’objet et de tout donné supposé extérieur à la représentation. «L’esprit critique exprime la résolution de soumettre les faits au traitement qui convient pour que rien en eux ne résiste plus à l’esprit. La politique à suivre pour y parvenir est de substituer partout le point de vue de l’observateur à celui de l’observé» (E. Gilson).

La philosophie moderne est idéaliste. D’abord Descartes essaie de déduire de la pensée l’existence d’un monde extérieur à la pensée. Kant élimine comme superflue l’idée d’un au-delà de la pensée et soutient que la réalité (pour nous) est coextensive à l’expérience. De nos jours, l’idéalisme et le positivisme sont devenus dominants, la philosophie a abandonné toute prétention à connaître quoi que ce soit ou à avoir un contenu distinct de celui des sciences. Elle se donne pour but la réflexion sur les méthodes et le langage scientifique, ou, comme le propose Léon Brunschvicg, «la connaissance de la connaissance»: elle se réduit à l’épistémologie ou à la méthodologie. Apparemment, c’est le fruit d’un choix libre. En fait, la carte est forcée. Lorsqu’on dit qu’où il n’y a pas d’observation il n’y a pas de science, la philosophie, qui procède par raisonnement sur des idées, perd tout contenu propre. Elle n’est plus qu’un jouet pour scientistes.

Les historiens citent d’autres exemples de méthode en philosophie: méthode dialectique (Hegel), méthode d’analyse du langage ordinaire, où les problèmes métaphysiques sont présentés comme des conséquences de l’emploi idolologique de mots abstraits, qui sont «réalisés», au lieu d’être pris fonctionnellement et transitivement (Paul Valéry), méthode phénoménologique (Husserl), etc.

Méthode et pragmatisme

La connaissance a deux composantes, la contemplation et l’action: très souvent, pour comprendre, il faut être capable de faire. La méthode, si on la conçoit autrement que comme une codification des moyens de preuve, est du côté de l’action, et il est normal qu’on trouve un élément d’action dans la science. La recherche expérimentale a naturellement pour fin l’action ou le pouvoir sur la nature, plutôt que la vérité ou la beauté. Il n’y a là rien de nouveau, il suffit de penser à Bacon et à Hobbes (scientia propter potentiam ). Le vrai est sa propre norme, l’action doit se soumettre à des règles extérieures. A-t-on le droit de créer des faits et dans quelles limites? Critiquant les abus de la recherche expérimentale et s’inquiétant des avantages que l’humanité est à même d’en tirer, R. Thom a suscité des réactions violentes (publ. dir. J. Hamburger). Comte assignait à la science des fins pratiques et la mettait au service de la collectivité. Au siècle précédent, on pouvait estimer que le bilan des applications technologiques se solde par un bénéfice net pour le bien-être général. De nos jours, accroître notre «pouvoir sur la nature» devient plus difficile à justifier, quand les moyens d’anéantir la vie sur la planète sont à portée de l’homme.

méthode [ metɔd ] n. f.
• 1537; lat. methodus, gr. methodos, de hodos « voie »
1Marche, ensemble de démarches que suit l'esprit pour découvrir et démontrer la vérité (dans les sciences). 1. logique. « Discours de la méthode pour bien conduire la raison et chercher la vérité dans les sciences », de Descartes (1637). Méthode analytique ( analyse) , synthétique ( synthèse) . Méthode déductive, inductive, objective; dialectique. Méthode expérimentale, qui repose sur l'expérience. — Démarche de l'esprit propre à une science, à une discipline. Méthode des mathématiques modernes.
2Ordre réglant une activité; arrangement qui en résulte. Ne laissez rien au hasard, agissez avec méthode, méthodiquement. Avec ordre et méthode. « il se déshabille avec une certaine méthode » (Romains). Manque de méthode. Travailler sans méthode. Avoir de la méthode.
3Ensemble de moyens raisonnés suivis pour arriver à un but. procédé, voie. Indiquer à qqn la méthode pour résoudre une difficulté. formule (cf. Marche à suivre). Fam. Moyen. Il a trouvé la bonne méthode pour s'enrichir. En voilà des méthodes ! Bonne méthode, méthode efficace. Il n'a vraiment pas la méthode, avec les enfants !
Par ext. Manière de se conduire, d'agir (sans idée de réflexion préalable). Chacun sa méthode. Elle voyait « que je voulais pas lui répondre [...] Alors elle a changé de méthode » (Céline).
4Spécialt (surtout au plur.) Procédé technique, scientifique. Méthodes thérapeutiques. La méthode Coué : technique de psychothérapie basée sur l'autosuggestion, mise au point par É. Coué; iron. méthode consistant à répéter inlassablement ce dont on veut se convaincre. Méthodes d'expérimentation. Les nouvelles méthodes de vente. Perfectionner les méthodes d'une industrie. Ensemble des moyens industriels mis en œuvre pour organiser une fabrication. Le service des méthodes. ordonnancement.
5Ensemble des règles, des principes normatifs sur lesquels reposent l'enseignement, la pratique d'un art. Les méthodes de l'architecture. Apprendre à lire par la méthode globale. Par méton. Manuel exposant de façon graduelle ces règles, ces principes. Méthode de dactylographie, de comptabilité.
⊗ CONTR. Désordre, empirisme, errements.

méthode nom féminin (latin methodus, du grec methodos, de hodos, chemin) Marche rationnelle de l'esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration d'une vérité : La méthode se différencie de la théorie. Ensemble ordonné de manière logique de principes, de règles, d'étapes, qui constitue un moyen pour parvenir à un résultat : Méthode scientifique. Manière de mener, selon une démarche raisonnée, une action, un travail, une activité ; technique : Une méthode de travail. Les méthodes de vente. Il n'a suivi aucune méthode précise dans son enquête. Ensemble des règles qui permettent l'apprentissage d'une technique, d'une science ; ouvrage qui les contient, les applique : Méthode de lecture.méthode (citations) nom féminin (latin methodus, du grec methodos, de hodos, chemin) René Descartes La Haye, aujourd'hui Descartes, Indre-et-Loire, 1596-Stockholm 1650 Au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer. Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle : c'est-à-dire d'éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. Le second, de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait, et qu'il serait requis pour les mieux résoudre. Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés : et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres. Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales que je fusse assuré de ne rien omettre. Discours de la méthode Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Nous avons changé de méthode, Jodelet n'est plus à la mode, Et maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas. Lettre à M. de Maucroix, 1661 Claude Lévi-Strauss Bruxelles 1908 L'histoire n'est pas liée à l'homme, ni à aucun objet particulier : elle consiste entièrement dans sa méthode. La Pensée sauvage Plon Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 Toute méthode est une fiction, et bonne pour la démonstration. Proses diverses, Notes méthode (expressions) nom féminin (latin methodus, du grec methodos, de hodos, chemin) Service des méthodes, service d'une entreprise chargé principalement de déterminer les processus de fabrication. ● méthode (synonymes) nom féminin (latin methodus, du grec methodos, de hodos, chemin) Ensemble ordonné de manière logique de principes, de règles, d'étapes...
Synonymes :
Manière de mener, selon une démarche raisonnée, une action, un...
Synonymes :
- procédé
- système

Méthode
(saint) (v. 825 - 885) religieux chrétien, originaire de Thessalonique. En 864, l'empereur Michel III l'envoya avec son frère Cyrille en Moravie. à la mort de celui-ci (869), il partit seul pour la Pannonie (Hongrie). Les deux frères traduisirent la Bible en slavon, utilisant un alphabet dérivé du grec (V. cyrillique et glagolitique). évêque de Pannonie, Méthode eut juridiction sur presque tous les pays slaves. La destruction du royaume de Moravie par les Hongrois (v. 910) ruina son oeuvre. Mais les disciples des deux frères, établis en Bulgarie, transmirent la liturgie slave aux Serbes et aux Russes.
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Méthode
n. f.
d1./d PHILO Marche rationnelle de l'esprit pour arriver à la connaissance ou à la démonstration de la vérité. "Discours de la méthode" (Descartes).
d2./d Ensemble de procédés, de moyens pour arriver à un résultat. Méthode d'enseignement. Méthodes de fabrication d'un produit.
Fam. Manière de procéder. Je connais la méthode pour le convaincre.
d3./d Ouvrage d'enseignement élémentaire. Méthode de piano.
d4./d Qualité d'esprit consistant à savoir classer et ordonner les idées, à savoir effectuer un travail avec ordre et logique. Avoir de la méthode.
Disposition ordonnée et logique. Livre composé sans méthode.

⇒MÉTHODE, subst. fém.
I. —Manière de conduire et d'exprimer sa pensée conformément aux principes du savoir. Procéder avec/sans méthode; querelle, vice de méthode; livres sans plan ni méthode. J'ai appris ainsi à méditer avec un peu de méthode, à survoler n'importe quel sujet, à en dégager les lignes essentielles, à faire le partage entre le principal, le secondaire et l'accessoire (MARTIN DU G., Souv. autobiogr., 1955, p. XLVII). Au début du XXe siècle, le chimiste allemand Ostwald avait pensé dégager empiriquement une psychologie du chercheur en étudiant la vie et la méthode de travail des savants les plus illustres (Encyclop. éduc., 1960, p.263):
1. La méthode qui préside à ce cours paraîtra peu sensible à ceux qui n'entendent qu'une leçon ou deux, mais elle est une, très forte dans l'ensemble et n'a jamais dévié.
MICHELET, Journal, 1851, p. 700.
A. — Dans le domaine spéculatif
1. MATH. Démarche rationnelle appliquée aux nombres. Méthode de calcul.
Méthode infinitésimale. Démarche rationnelle explorant le domaine du calcul différentiel et du calcul intégral. L'algorithme de Leibnitz, qui prête à la méthode infinitésimale le secours d'une notation régulière, (...) a changé la face des mathématiques pures et appliquées (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 308).
Méthode de variation. ,,Méthode de résolution des équations aux dérivées partielles`` (DUVAL 1959).
2. PHILOS. Démarche rationnelle destinée à découvrir et à démontrer la vérité. Méthode déductive, dialectique, inductive; méthode d'abstraction, d'analyse, de raisonnement. Toute méthode hypothétique et abstraite, telle que celles qu'ont adoptées les philosophes de diverses écoles, ne fait pas faire un pas à la science et éloigne au contraire du but qui est la connaissance de l'homme (MAINE DE BIRAN, Journal, 1816, p. 148). N'ai-je pas soigneusement relevé les heureux commencemens de la méthode et des théories de Locke avant d'attaquer les erreurs dans lesquelles l'a jeté l'esprit de système? (COUSIN, Hist. philos. XVIIIe, t. 2, 1829, p. 557).
Méthode bergsonienne d'intuition. Démarche proposée par Bergson pour accéder au réel au gré d'une intuition supra-rationnelle:
2. ... même si l'intelligence des transitions, des passages doit l'emporter sur celle des arrêts virtuels, comme le conseille la méthode bergsonienne d'intuition de la durée, les «passages» les plus remarquables de notre durée sont souvent des crises, des hiatus, bref des formes de «distensions»...
RICOEUR, Philos. volonté, 1949, p. 426.
Méthode phénoménologique. Démarche prônée par des philosophes post-kantiens pour accéder aux choses en mettant de côté leur existence extra-mentale:
3. La phénoménologie n'est accessible qu'à une méthode phénoménologique. Essayons donc de nouer délibérément les fameux thèmes phénoménologiques comme ils se sont noués spontanément dans la vie.
MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p. 11.
En partic. [Chez Descartes] Ensemble des principes requis pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. Il faut suivre le sage conseil que Descartes, dans le Discours de la Méthode, donne à ceux qui cherchent la vérité, et diviser notre sujet en autant de parties qu'il est nécessaire pour faire de chacune d'elles un inventaire complet (CARREL, L'Homme, 1935, p. 41).
B. —Dans le domaine des sc. exp. et d'obs. Procédé d'investigation. Nous avons à notre disposition toute la puissance de la méthode scientifique. Il y a encore, parmi nous, des hommes capables de l'utiliser avec désintéressement (CARREL, L'Homme, 1935, p. 335):
4. ... il aimait les sciences, le nouvel esprit de méthode dont le souffle avait bouleversé l'ancien monde qu'il regrettait. Il se fit chimiste, lui qui rêvait aux grandeurs de la noblesse sous Louis XIV.
ZOLA, M. Férat, 1868, p. 44.
Méthode expérimentale. Méthode qui requiert l'observation, la classification, l'hypothèse et la vérification par des expériences appropriées aux différentes sciences. Biot et Dumas lui déconseillent d'aborder le dangereux sujet des générations spontanées (...). Mais Pasteur, lui, fait trop de crédit à la méthode expérimentale pour douter qu'un point de vérité en soit justiciable (J. ROSTAND, Genèse vie, 1943, p. 105):
5. ... prononcer une sanction au nom du dogme établi; c'est là témoigner d'une attitude étrangère à celle du vrai savant, la science étant essentiellement un refus des hypothèses qui se donnent pour des certitudes absolues et un recours permanent à la méthode expérimentale.
Divin. 1964, p. 165.
Méthode analogique. Méthode qui procède en extrapolant d'un domaine à l'autre. Fidèles à leur méthode «analogique», ils n'hésitèrent pas à transporter dans le domaine psychologique les découvertes des sciences naturelles (BÉGUIN, Âme romant., 1939, p. 61).
Méthode statistique. Procédé d'investigation qui requiert l'ensemble des données numériques relatives à une catégorie de faits. Si sept sur neuf de ces biographies possèdent en commun un ensemble de propriétés, la probabilité qu'il y ait corrélation entre ce caractère et ces propriétés est très forte. La méthode statistique permet ensuite de la mesurer (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 25).
1. ASTRON. Méthode photographique. Procédé photographique destiné à mesurer l'intensité lumineuse d'une étoile. La méthode photographique consiste à estimer l'intensité du flux lumineux reçu d'une étoile d'après la dimension de l'image photographique (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 130).
2. BOT. Mode de classement des espèces végétales. Méthode de Linné, de Jussieu. C'est une pure question de nomenclature et de méthode que celle de savoir si l'on rangera une plante (...) dans telle ou telle famille (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 298).
3. ÉCON. Procédé d'investigation relatif à la conjoncture économique. Méthode d'évaluation des besoins. Débloquer l'analyse économique, en brisant les moules étroits des concepts systématiques et en remettant les idées en mouvement. La méthode de l'économie «généralisée» impose ces deux tâches (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 608).
4. HIST. Procédé d'investigation des faits historiques.
Méthode critique, historique. Méthode qui applique aux documents les principes d'une exégèse critique en vue d'en vérifier l'authenticité et d'en apprécier la crédibilité. L'école des Chartes, ébauchée dès 1821, constituée en 1847, avait établi la méthode historique française (HUYGHE, Dialog. avec visible, 1955, p. 419):
6. Les béliers qui s'attaquaient à la forteresse, c'étaient le rationalisme, la pensée indépendante ennemie du surnaturel, les sciences, historiques et archéologiques, le progrès dans la connaissance des langues sémitiques, la méthode critique appliquée aux textes hébreux.
WEILL, Judaïsme, 1931, p. 76.
5. PSYCHOL. Procédé d'investigation relatif aux faits psychiques. Il s'agit donc d'appliquer une méthode d'analyse à l'exploration progressive de la synthèse psychologique, et non pas de réduire cette synthèse à la juxtaposition des produits de l'analyse (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 24).
Méthode analytique, psychanalytique. Méthode permettant l'exploration de l'inconscient. [R. Dalbiez] a sauvé les parties les moins contestables de la méthode psychanalytique et de ses inscriptions psychologiques, en les enlevant à une métapsychologie aventureuse pour les ramener à leur plausibilité expérimentale (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 579).
Méthode introspective. Méthode qui procède par mode d'introspection. La sociologie positive croit débarrasser de ses tares et de ses contradictions la propriété individuelle et la «classe industrielle» en les portant sur le compte de la psychologie de la réflexion et de la méthode introspective (J. VUILLEMIN, Être et trav., 1949, p. 115).
6. SOCIOL. Procédé d'investigation relatif aux faits sociaux. Méthode des sondages; méthode comparative. La méthode sociologique (...) nous impose «de considérer les faits sociaux comme des choses» (J. VUILLEMIN, Être et trav., 1949, p. 136).
Méthode des variations concomitantes. Méthode suivant laquelle de la variation simultanée de deux phénomènes on conclut à leur connexion causale. La méthode des variations concomitantes (...) permet des comparaisons plus étendues et plus intéressantes, soit à l'intérieur d'une même société, soit entre plusieurs sociétés différentes (Hist. sc., 1957, p. 1580).
Méthode extensive, intensive. Deux voies principales s'offrent au chercheur qui se rend sur le terrain: la méthode extensive qui consiste à étudier des questions données dans un grand nombre de sociétés, la méthode intensive qui consiste au contraire à étudier d'une manière approfondie une seule société (GRIAULE, Méth. ethnogr., 1957, p. 29).
C. —Dans d'autres domaines techn., intellectuels ou artistiques. Ensemble des moyens permettant d'obtenir un résultat quelconque. C'est aux assemblées provinciales, et non à lui [au gouvernement de l'Ancien Régime] que nous avons emprunté nos meilleures méthodes administratives (TOCQUEVILLE, Anc. Rég. et Révol., 1956, p. 215):
7. Du côté britannique, on eût voulu nous voir y envoyer [en France] simplement des agents chargés de recueillir isolément, sur le compte de l'ennemi, des renseignements relatifs à des objets déterminés. Telle était la méthode utilisée pour l'espionnage.
DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 129.
1. ARTS PLAST. Procédé pictural. Méthode de Léonard de Vinci; méthode linéaire et dogmatique de la perspective italienne.
Méthode impressionniste. Procédé pictural caractéristique de l'École impressionniste. Je préfère cette façon de voir la nature, qui est celle du Moyen Âge, à la méthode impressionniste, si grandes que soient les réussites de Monet ou de Sisley (GREEN, Journal, 1941, p. 139).
2. INFORMAT. Méthode d'accès. Ensemble des moyens logiciels permettant la programmation et la gestion des données (d'apr. DELAM. Télém. 1979).
3. MÉD. Procédé chirurgical, thérapeutique ou d'investigation. Methode auscultatoire du bouche à bouche; méthode de Carrel, de Judet, de Thomas. Les inconvénients d'une méthode thérapeutique peuvent être instructifs et fructueux à certains égards (BARIÉTY, COURY, Hist. méd., 1963, p. 718).
Méthode graphique. Procédé d'investigation pathologique par la représentation graphique des symptômes. Potain s'inspire des travaux de Chauveau et de Marey. François Frank est son collaborateur intime. Lui-même est un fervent de la méthode graphique qu'il fait servir à ses exigences sémiologiques (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946, p. 176).
Méthode prophylactique. Procédé thérapeutique qui tend à prévenir la maladie. Il [M. Chalgrin] est sur le point de trouver non pas une méthode pour traiter la coqueluche, mais une méthode pour prévenir cette odieuse maladie, une méthode prophylactique (DUHAMEL, Maîtres, 1937, p. 174).
4. PÉDAG. Ensemble des principes et des règles propres à faciliter l'apprentissage progressif d'une matière. Méthode d'enseignement; méthode didactique, pédagogique; méthodes nouvelles. Le père de Pascal a une méthode d'éducation à laquelle il entend soumettre son fils (BARRÈS, Cahiers, t. 14, 1923, p. 206).
Méthode active. Méthode didactique exigeant l'active contribution des élèves:
8. Le fait que ces méthodes mettent en jeu l'activité pratique (...) ne nous donne pas une définition des méthodes actives au sens propre du terme. C'est dans un sens d'initiative personnelle, de créativité et de découverte qu'il faut entendre l'activité qui doit se manifester dans les méthodes actives...
G. PALMADE, Les Méthodes en pédag., Paris, P.U.F., 1963 ds D.D.L. 1976, p. 18.
5. LING. (dans le domaine de l'enseign. des lang.). Somme de démarches raisonnées, fondées sur un ensemble cohérent d'hypothèses ou de principes linguistiques, psychologiques, pédagogiques, et répondant à un objectif déterminé (d'apr. D.D.L., 1976, p. 18). Méthode audio-orale, audio-visuelle.
Méthode globale.
Méthode directe. Méthode recourant d'emblée à la langue étrangère parlée, sans recours à la traduction. Il a dû prendre sa retraite et vient de fonder, pour nous faire vivre, l'Institut des Langues vivantes: on y enseigne le français aux étrangers de passage. Par la méthode directe (SARTRE, Mots, 1964, p. 27).
P. méton. Manuel ou matériel pédagogique ordonné (pour l'enseignement d'une langue). Méthode de lecture, d'orthographe ; méthode de langue (synon. cours de langue, v. cours III A 1 a). Méthodes «Assimil» Volumes reliés, abondamment illustrés et enregistrés sur disques (A. CHÉREL, L'Angl. sans peine, Paris, Assimil, 1957, p. II).
6. MUS. Ensemble des principes régulateurs de l'enseignement musical et, p. méton., ouvrage destiné à l'élève et qui expose ces principes de manière graduelle. Méthode de chant, de piano, de violon. C'est là où mis sur un tabouret trop petit, l'histoire du livre de musique: méthode de flûte par la femme de Portant, qui était maîtresse de piano, lui donne le goût d'apprendre la musique (GONCOURT, Journal, 1858, p. 512).
Méthode sérielle. Procédé permettant de composer suivant les règles de la musique sérielle. Michel Philippot (...) fut un musicien concret et (...) tenta d'appliquer la méthode sérielle au matériau de la musique concrète (SAMUEL, Art mus. contemp., 1962, p. 627).
7. RELIGION
Méthode de salut. Ensemble des exercices spirituels permettant d'accéder au salut. Synon. ascèse. Le christianisme est une méthode de salut, c'est-à-dire autre chose et plus qu'une méthode de connaissance, et l'on peut ajouter que nul, plus que saint Paul, n'a eu claire conscience de cette vérité (GILSON, Espr. philos. médiév., 1931, p. 22).
Méthode ignatienne. Ensemble des exercices spirituels établis par Ignace de Loyola. Ses amis faisaient courir sous le manteau des feuilles volantes qui avaient pour but, non seulement de prévenir les abus de la méthode ignatienne, mais encore d'exterminer la méditation elle-même (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 474).
8. TECHNOL., INDUSTR., COMM. Procédé. Méthode d'agencement, d'organisation, de travail; appliquer une méthode; cette méthode a du bon; conseil en organisation et méthodes. Ils apprendront que ce fonds vivant qu'est le sol, où tout travaille pour l'homme s'il sait en user, souffre de la brutalité comme de l'insuffisance de la méthode: celle du labour, par exemple (PESQUIDOUX, Livre raison, 1932, p. 226).
II. P. ext. Manière de faire quelque chose suivant une certaine habitude, selon une certaine conception ou avec une certaine application. Méthode originale; employer une méthode personnelle. Il s'assit philosophiquement sur une marche et commença de repasser, avec méthode, le pli de son pantalon (BERNANOS, Crime, 1935, p. 837). Il avait des idées. À dix ans il avait inventé une trappe à mouches, à douze une nouvelle méthode pour gonfler les pneus de bicyclette, à quatorze un moulin à distribuer les cartes à jouer (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 223):
9. ... je m'étonne que sa grande érudition littéraire lui permette une production si soutenue et si parfaite — ou que son travail d'écrivain lui laisse du temps pour tant lire: «Oh! dit-il, j'ai une méthode à moi pour lire vite et tous les livres. (...)»
GIDE, Journal, 1895, p. 62.
Fam., gén. au plur., souvent avec une nuance péj. Façon d'agir, manière de se comporter. Drôles de méthodes! C'est vous qui m'aviez mis l'idée dans la tête, et c'est bien une idée de femmes. J'en suis honteux à présent. Il cracha dans le cuveau de l'Adélaïde, mais à blanc, simplement pour affirmer qu'il se séparait des méthodes de sa femme (AYMÉ, Jument, 1933, p. 268). Elle voyait que je me retenais, que je voulais pas lui répondre... Alors elle a changé de méthode... Elle a eu peur de m'agacer, elle m'a fait ça aux gâteries... Elle a été dans le buffet, me chercher un flacon de sirop (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 569):
10. Je visitais souvent, et avec beaucoup d'attention, le pupitre de Soubrier; aussi ses vêtements, la nuit, au dortoir: pas de billets, rien de suspect. Oh! Évidemment, je n'aime pas ces méthodes. Nous y sommes pourtant non dans notre droit, mais dans notre devoir le plus strict.
MONTHERL., Ville dont prince, 1951, I, 8, p. 879.
Prononc. et Orth.:[]. Ac. 1694, 1718 methode, dep. 1740 mé-. Étymol. et Hist. 1. 1537 méd. «manière particulière d'appliquer une médication» (J. CANAPPE, 4e Livre de Thérapeutique de Galien d'apr. CHAUVELOT ds Fr. mod. t. 18, p. 270) cf. méthode curative ou traitement méthodique des maladies (Encyclop. t. 10, 1765); 2. a) 1546 «ensemble de procédés raisonnés» (RABELAIS, Tiers Livre, chapitre 8, éd. M. A. Screech, p. 72: hors toute méthode); b) 1547 «manière d'enseigner» (J. MARTIN, Arch. Vitruve, 10 B); c) 1643 «manière de faire, habitude» (CORNEILLE, Le Menteur, acte V, scène I, éd. Regnier, t. 4, p. 222); 3. 1637 spéc. terme de philos. (DESCARTES, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la verité dans les sciences); 4. 1763 hist. nat. (ADANSON, Familles des plantes, éd. F. A. Staflen, Préface, xciv: Les Botanistes ont distingué 2 espèces de Metodes, la naturele et l'artificiele). Empr. au b. lat. methodus «méthode (terme sc.: médecine, rhétorique, géométrie)», gr. proprement «poursuite» (de...) d'où «recherche...» (de «vers» et «route, voie, manière de faire quelque chose)» «poursuite, recherche; plan méthodique; traité méthodique; doctrine scientifique». Fréq. abs. littér.: 4'106. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 4'176, b) 4001; XXe s.: a) 5965, b) 8168.

méthode [metɔd] n. f.
ÉTYM. 1537; lat. tardif methodus, grec methodos « poursuite, recherche, etc. », de meta- « vers » et hodos « chemin ».
1 Philos., sc. Marche, ensemble de démarches que suit l'esprit pour découvrir et démontrer la vérité (dans les sciences). Logique. || La méthode caractérise la recherche scientifique. || Il n'y a pas de méthode rigoureuse pour inventer et découvrir. || La perfection de la méthode cartésienne (→ Exhaustion, cit. 1). || Les quatre règles de la méthode selon Descartes. || Discours de la méthode, pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, de Descartes (1637).
1 (…) je ne mets pas Traité de la méthode, mais Discours de la méthode (…) pour montrer que je n'ai pas dessein de l'enseigner, mais seulement d'en parler. Car comme on peut voir de ce que j'en dis, elle consiste plus en pratique qu'en théorie, et je nomme les traités suivants des Essais de cette méthode (…)
Descartes, Correspondance, 27 févr. 1637.
2 (…) si l'on sait la méthode de prouver la vérité, on aura en même temps celle de la discerner, puisqu'en examinant si la preuve qu'on en donne est conforme aux règles qu'on connaît, on saura si elle est exactement démontrée.
Pascal, Opuscules, III, XV.
3 Les hommes peuvent remarquer, en faisant des réflexions sur leurs pensées, quelle méthode ils ont suivie quand ils ont bien raisonné, quelle a été la cause de leurs erreurs quand ils se sont trompés, et former ainsi des règles sur ces réflexions pour éviter à l'avenir d'être surpris.
Logique de Port-Royal, Premier discours, §15, in Lalande.
4 (…) dans ce discours de la méthode il n'y a qu'une partie, sur six, la deuxième, qui soit des règles de la méthode. En tout sept pages et demie. Et dans cette deuxième partie même il n'y a que le cœur, en tout vingt lignes, qui soit les règles de la méthode. Ce sont ces vingt lignes qui ont révolutionné le monde et la pensée.
Ch. Péguy, Note conjointe, Sur Bergson, p. 51.
La méthode et les procédés généraux de la pensée. || Méthode analytique ( Analyse), synthétique ( Synthèse). || Méthode déductive et syllogistique (→ Habileté, cit. 4), inductive, objective (→ Introspection, cit. 2). || Méthode scolastique; dialectique. || La méthode des idéologues (cit. 2). || Méthode positive (→ Esprit, cit. 47).
Ensemble des démarches élaborées et habituellement suivies (au sein d'une discipline donnée).
Les méthodes des mathématiciens (→ Isoler, cit. 6). || Méthode de l'algèbre, des approximations, des fluxions, du calcul des fonctions directes (→ Équation, cit. 2). || Méthode infinitésimale (cit. 1). || Méthode expérimentale (cit. 1). || Méthodes de recherche expérimentale de Stuart Mill (méthode de concordance, de différence, des résidus, des variations concomitantes). || Les méthodes de la biologie (cit. 2). || Les méthodes de l'histoire (cit. 7 et 16), de la psychologie…
2 (1793). Ordre réglant une activité; arrangement qui en résulte. Logique, raison, raisonnement. || Se fier à la méthode plutôt qu'à l'intuition, à l'inspiration ou au hasard. || Manque de méthode. Discipline, organisation. || Travailler sans soin ni méthode (→ Ballotter, cit. 8).Absence de méthode qui dépare un ouvrage. Plan. || Une méthode de discours (→ Histoire, cit. 35). || La guerre eut désormais une direction et une méthode (→ Généralissime, cit.).
Avec méthode. Méthodiquement. || Composer un livre avec méthode. || Lire avec méthode (→ Avidement, cit. 7). || Ne laissez rien au hasard, agissez avec méthode. || Le Romain exploite (cit. 9) les peuples vaincus avec méthode.
3 Sc. (Vieilli). Système de classification. || La méthode de Linné, de Jussieu, leur mode respectif de classement des végétaux. Classification, système, taxinomie (→ Espèce, cit. 26).Méthode naturelle (A. Comte) : classification naturelle.
4 Ensemble de démarches (ou de dispositions) raisonnées, suivies dans une activité (ou prises dans un domaine) donnée. Système. || Méthode de travail (→ Discipline, cit. 13). || Méthode d'agencement, d'organisation matérielle. Manière, mode.
Ensemble de moyens raisonnés employés pour parvenir à un but. Procédé, voie. || Indiquer à qqn la méthode pour résoudre une difficulté. Formule, marche (à suivre). || La bonne et la mauvaise méthode. Art, façon, manière. || Il y a deux méthodes d'éreintage (cit.). || Il a trouvé la bonne méthode pour s'enrichir. Combinaison.Absolt. Bonne méthode, méthode efficace. || Vous n'avez pas la méthode.
Par ext. Manière de se conduire, d'agir, suivie habituellement (sans idée de réflexion préalable). Habitude. || Chacun a sa méthode (Académie). || Changez de méthode.
5 On ne pouvait compter à peu près, pour protéger les Tuileries, que sur la Garde Nationale : Mandat, homme sûr, qui la commandait ce jour-là, fut assassiné sur l'ordre de Danton. Depuis les journées d'octobre, jamais la méthode n'avait changé. La Révolution arrivait à son terme comme elle avait progressé : par l'émeute.
J. Bainville, Hist. de France, XVI, p. 361.
Spécialt. Procédé technique, scientifique. Mode, procédé, technique (n. f.). || Nouvelles méthodes de culture (→ Innovation, cit. 4). || Méthodes thérapeutiques. || Méthode pasteurienne. || Méthode de calcul, d'expérimentation. || Découvrir, inventer une méthode dans un domaine. || Perfectionner les méthodes d'une industrie. || Appliquer une méthode.Math. || Méthode de Monte Carlo : méthode statistique et probabiliste (dérivée des martingales de jeu), utilisée pour la résolution approchée de problèmes rencontrés en théorie des nombres, en physique mathématique, dans la production industrielle.
6 Il avait lu dernièrement l'éloge d'une nouvelle méthode pour la cure des pieds bots (…)
Flaubert, Mme Bovary, II, XI.
7 C'est ainsi que les méthodes de culture employées par les colons de la Kabylie et de la Mitidja lui paraissaient prodigieusement retardataires.
Pierre Benoit, Mlle de la Ferté, p. 11.
Loc. La méthode Coué : technique de psychothérapie consistant à atteindre un équilibre organique et psychique par l'autosuggestion, élaborée par É. Coué; iron. méthode consistant à répéter inlassablement ce dont on veut se convaincre.
5 (1546). Ensemble des règles, des principes normatifs sur lesquels reposent l'enseignement, la pratique d'un art (→ Formule, cit. 11). || Les méthodes de l'architecture. || Méthode oratoire. Rhétorique.
8 (…) elle jouait de tout à merveille, mais la harpe était de préférence son instrument. La méthode d'en jouer était encore dans l'enfance : Mme de Genlis, avec sa facilité et son adresse naturelle, en réforma et en perfectionna le doigté.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 14 oct. 1850.
Spécialt. Méthode employée en pédagogie : méthode didactique, active, historique.Vx. || Méthode de… (et inf.). || « Les meilleures méthodes d'apprendre à lire » (cit. 4, Rousseau).REM. On dirait aujourd'hui : méthode pour…Méthode analytique, méthode globale d'enseignement de la lecture.
6 (1680). Par métonymie, de 5. Livre, ouvrage exposant de façon graduelle les règles, les principes d'une technique, d'un art. || Méthode de violon, de piano, de comptabilité.
CONTR. Désordre, empirisme, errement, hasard, tâtonnement.
DÉR. 2. Méthodisme, 2. méthodiste. — (Du même rad.) Méthodique, méthodologie.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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